Une Banque mondiale très rouge

Le processus de sélection des candidatures à l'établissement de la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures (AIIB) s'est achevé cette semaine par la sélection de cinquante-sept pays. Un tour de table très politique et qui n’a pas fini de faire couler beaucoup d’encre.

Après le ralliement surprise du Royaume-Uni, Washington avait assisté impuissant à une déferlante de candidatures de pays occidentaux, dont l'Allemagne, la France, la Suisse, le Portugal, la Suède ou encore l'Australie.

Taiwan écartée de l'AIIB

Au final, quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU et 14 des 28 pays de l'Union européenne siègeront à l’AIIB. Grands absents : les Etats-Unis, le Japon et Taiwan.

Cette banque, dont le siège se trouvera à Pékin, doit contribuer à financer dans toute l'Asie des travaux d'infrastructures. Mais elle se pose surtout en contrepoids du contrôle exercé par les Etats-Unis sur la finance mondiale.

« Les Etats-Unis ont été totalement pris au dépourvus par le flot de pays qui se bousculent pour rejoindre cette nouvelle institution », assure Eswar Prasad, ancien directeur du département Chine au FMI. Pour lui, c’est le signe d’un déclin de l'influence américaine sur l’agenda économique mondial.

En coulisses, l'administration Obama a en effet mené un intense lobbying contre le projet de son rival chinois. Mais Pékin semble bien avoir remporté la partie et s’enflamme désormais pour ce projet présenté comme une alternative à la Banque mondiale, au Fonds monétaire international et à la Banque asiatique de développement. Trois institutions historiques et qu’elle considère comme marquées du sceau infâme de l’Occident, et surtout des Etats-Unis.

Washington voit rouge

Washington s’est ainsi toujours opposé à un rééquilibrage du FMI qui donnerait plus de poids aux économies émergentes des Brics (Brésil, Russie, Chine, Inde et Afrique du Sud).

En 2010, le Fonds monétaire international avait adopté une vaste réforme doublant son capital et donnant plus de voix à la Chine et à l’Inde. Mais son entrée en vigueur est, depuis, suspendue à une ratification parlementaire aux Etats-Unis, qui disposent d'un droit de veto au sein de l'institution. Autant dire que le « rééquilibrage » n’aura jamais lieu. De quoi animer, s’il le fallait encore, les réunions de printemps du FMI et de la BM qui s’ouvrent ce vendredi à Washington.

Fort de cet éclatant succès diplomatique, Pékin sait qu'il devra maintenant convaincre de sa capacité à animer une institution multilatérale qui apparaît largement comme un instrument du « soft-power » chinois.