Sommet Asie-Afrique à Jakarta

Des dizaines de dirigeants de pays d'Asie et d'Afrique se rencontrent cette semaine à Jakarta pour célébrer le 60e anniversaire de la conférence en Indonésie qui donna naissance au Mouvement des non-alignés, un sommet sur fond de rivalités régionales.

Le président chinois, Xi Jinping, le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, le président iranien, Hassan Rohani, et d'autres leaders de pays africains vont participer aux cérémonies commémoratives de la Conférence de Bandung, en 1955, qui a marqué l'entrée sur la scène internationale de pays du Tiers-monde, dans un contexte de guerre froide.

Etalé sur cinq jours, le sommet Asie-Afrique a débuté lundi par une rencontre ministérielle, avant une autre sur l'économie mardi. Les plus hauts dirigeants participeront aux réunions mercredi et jeudi, avant de commémorer le 60e anniversaire de la Conférence à Bandung, ville de la grande île de Java.

Cette conférence avait alors réuni des représentants d'une trentaine de pays, dont la plupart avaient accédé à l'indépendance après des années de colonialisme et d'occupation étrangère. La conférence avait été présidée par Sukarno, premier président de la République indonésienne, dont il avait proclamé l'indépendance en 1945.

60 ans après Bandung

D'autres personnalités en vue à la conférence de 1955 incluaient l'Egyptien Gamal Abdel Nasser et l'Indien Javaharlal Nehru, parmi les fondateurs du Mouvement des non-alignés (MNA), des pays refusant de prendre partie pour l'un des deux acteurs de la guerre froide qu'étaient les Etats-Unis et l'Union soviétique.

Mais depuis la chute du Rideau de fer, le MNA peine à rester d'actualité, alors que le nombre de ses membres a augmenté et représentent désormais une importante part de l'économie mondiale.

Au sommet Asie-Afrique, l'attention se concentrera ainsi davantage sur de grands pays tels la Chine et le Japon, qui cherchent à étendre unilatéralement leur influence, estiment des analystes.

La Chine, en particulier, a adopté une stratégie de pénétration agressive sur le continent africain, dont les ressources naturelles contribuent à stimuler la croissance de ces pays.

"Les plus grands pays ont leur propre ordre du jour ici", estime Tobias Basuki, un analyste politique basé à Jakarta, où toutes les rencontres ont lieu jusqu'à jeudi.

Le Yémen à l'ordre du jour

Des représentants de plus de 80 pays vont participer à ce sommet étalé sur cinq jours, ce qui rendra difficile l'adoption d'un consensus, ajoute l'analyste.

Avant le début des rencontres, le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Liu Zhenmin, a salué la "tradition du non-alignement".

Si cette vision laisse sceptiques de nombreux analystes, certains observateurs estiment que l'influence grandissante de l'économie des pays participants montre des signes de renouveau au sein du mouvement.

D'importantes personnalités seront cependant absentes à cet événement en Indonésie, dont le Premier ministre indien Narendra Modi ou encore le président sud-africain Jacob Zuma, qui a annulé sa visite en Indonésie, en raison des violences visant les étrangers dans son pays.

Plusieurs dirigeants controversés seront en revanche présents au sommet, parmi lesquels le président soudanais Omar el-Béchir, inculpé de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre par la Cour pénale internationale (CPI).

En marge des commémorations, l'Indonésie, pays musulman le plus peuplé au monde, va présider une réunion de pays islamiques sur le conflit au Yémen, comme demandé par l'Organisation de la coopération islamique (OCI).

Le Yémen est déchiré par des combats entre rebelles Houthis et partisans du président Abd Rabbo Mansour Hadi, qui a fui le pays et trouvé refuge en Arabie saoudite face à l'avancée rebelle. Une coalition arabe menée par l'Arabie saoudite a lancé le 26 mars des frappes aériennes pour contrer l'offensive rebelle. Ryad et Washington accusent Téhéran de livrer des armes aux Houthis, ce que l'Iran dément, assurant ne pas avoir de présence militaire dans ce pays frontalier de l'Arabie saoudite.

Le Yémen et l'Arabie saoudite ne sont pas représentés au sommet Asie-Afrique, mais d'autre membres de l'OCI le sont.