Pourquoi la Chine a déjà gagné la CAN 2017

Le coup d’envoi de la 31e coupe d’Afrique des nations a eu lieu samedi 14 janvier dans le grand stade de Libreville. « C’est une arène de l’Amitié sino-gabonaise », précisent les journaux chinois qui rendent compte de cette compétition d’une manière un peu particulière, s’attachant davantage aux prouesses architecturales de la Chine en Afrique qu’aux exploits des footballeurs engagés dans la compétition.

Sur les quatre stades utilisés cette année pour la CAN au Gabon, trois ont été construits et financés par la Chine. Il s’agit du stade de l’Amitié à Libreville et des stades d’Oyem et de Port-Gentil.

Cette « diplomatie des stades » n’est pas une nouveauté de la Chinafrique, mais elle prend de l’importance et symbolise l’offensive tous azimuts de la deuxième économie mondiale sur le continent. Le concept a même droit à une page Wikipedia qui dresse la liste exhaustive des stades déjà réalisés par la Chine à travers le monde.

Offensive tous azimuts

En 1970, la Chine inaugurait cette vague de constructions avec le stade de Zanzibar : 15 000 places, autant dire une structure modeste selon les standards actuels. Suivront dans les années 1980 et 1990 des stades au Sénégal, en Mauritanie, au Kenya, au Rwanda, au Niger, en RDC, à Djibouti et à l’île Maurice. Les décennies suivantes verront ce mouvement s’accélérer.

Au total, plus de cinquante stades ont été construits par la Chine sur le continent, et ce n’est pas fini. Parmi les quatre derniers organisateurs de la CAN, l’Angola, la Guinée équatoriale et le Gabon ont eu droit à des cadeaux sous la forme de stades « clé en main » . Tout comme la Côte d’Ivoire, pays hôte de la CAN 2021, qui vient de révéler la première maquette de la future enceinte « olympique » de 60 000 places qui sera construite à Abidjan. Une arène de 76 millions d’euros, là encore financée entièrement par la Chine.

Même chose avec le futur grand stade du Cameroun pour la Coupe d’Afrique 2019 dont le communiqué laconique publié par le gouvernement chinois en dit long sur le savoir-faire « made in China » : « Wang Chunhao, le responsable du site du projet du stade de Bafoussam chez China Engineering Machinery Co., Ltd (CMEC), a déclaré que la construction du stade fait usage de concepts chinois, de normes chinoises et de processus de construction chinois, et que la plupart des matériaux et des machines et équipements proviennent de Chine. Néanmoins, pour refléter les caractéristiques du Cameroun, il a été choisi, pour ce stade de 20 000 places des sièges de couleurs rouge, vert et jaune, qui sont celles du drapeau du Cameroun. »

Les pays africains n’hésitent d’ailleurs plus à solliciter directement Pékin pour obtenir de nouvelles infrastructures sportives avec une inflation évidente. Quand, en 2010, l’Angola décrochait la construction de quatre nouveaux stades pour 470 millions d’euros, le Cameroun annonce que 840 millions d’euros seront dépensés pour la rénovation et la construction de deux nouveaux stades pour la CAN 2019.

Mais la véritable question est celle des contreparties. Ce n’est certainement pas un hasard si la dernière visite en Chine du président Ali Bongo, en décembre 2016, a été marquée par une série d’accords bilatéraux et de contrats. « Le Gabon est une terre d’opportunité. Et nous appelons les entreprises chinoises, qui sont déjà présentes au Gabon, à venir encore plus nombreuses pour investir », avait déclaré le président gabonais à la presse chinoise. La Chine est le premier partenaire commercial du Gabon et captait 16,1% de ses exportations en 2015. Essentiellement du pétrole, du fer et du manganèse.

En investissant à tour de bras

Encore une fois, il ne s’agirait donc que de la stratégie déjà bien rodée : « pétrole contre infrastructures ». « La CAN est une vitrine. Elle attire les meilleurs joueurs, les sponsors et permet une couverture médiatique mondiale. Jouer dans des stades modernes, à l’architecture impressionnante permet au Gabon d’envoyer un signal de confiance. En retour, la Chine s’assure un accès préférentiel aux matières premières nécessaires pour préserver la puissance de son industrie », assure Simon Chadwick, chroniqueur pour le South China Morning Post.

Symbole ultime de cette stratégie, la construction par une entreprise chinoise du stade qui accueillera en 2022 la finale de la Coupe du monde de football au Qatar. Certains verraient malicieusement la Chine faire le même calcul en investissant à tour de bras dans les stars du ballon rond. Pour ce nouveau mercato d’hiver, la Chine a une nouvelle fois fait exploser les compteurs en s’offrant les meilleurs joueurs sud-américains, européens et africains.

Cette année, c’est l’Argentin Carlos Tevez qui a décroché le jackpot et un salaire de 40 millions d’euros par saison pour jouer à Shanghaï. Il se retrouvera ainsi aux côtés des deux stars africaines du championnat chinois, eux aussi à Shanghaï Shenhua, le Sénégalais Demba Ba et le Nigérian Obafemi Martins. S’offrir des joueurs et offrir des stades : une diplomatie du football entièrement dictée par l’exploitation des matières premières.

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