Le Japon mis en cause dans le trafic d'ivoire

Des défenseurs des animaux ont diffusé jeudi au Japon une vidéo tournée en caméra cachée prouvant selon eux "les profondes carences" de la législation japonaise sur le commerce d'ivoire.

L'ONG américaine Environmental Investigation Agency (EIA) a filmé à leur insu quatre négociants d'ivoire dans différentes villes de l'archipel, montrant qu'ils n'avaient aucun scrupule à vendre leur marchandise à des acheteurs chinois.

Les commerçants japonais agissaient "tout en sachant que les défenses des éléphants risquaient d'être illégalement exportées vers la Chine", a souligné l'EIA dans un communiqué. 

Pourtant le commerce international d'ivoire est interdit depuis 1989. A l'intérieur du Japon, seule est autorisée la vente d'objets provenant de stocks certifiés ou achetés avant cette date ou selon des modalités particulières conclues avec des pays africains.

Un membre de l'ONG se faisant passer pour un acheteur chinois s'est vu répondre par un négociant d'Osaka: "vous êtes arrivés trop tard. Nous avons vendu tellement de défenses que l'ivoire a disparu du Japon".

La réglementation japonaise souffre de lacunes car les négociants ne sont pas obligés d'enregistrer toutes les défenses présentes sur le territoire à moins d'avoir l'intention de les vendre, a expliqué le président de l'organisation, Allan Thornton, lors d'une conférence de presse à Tokyo.

"Les commerçants savent qu'il est illégal d'exporter les défenses, mais ils n'ont aucune réticence à les vendre à des gens qui les exporteront", a-t-il déploré. "Aux Etats-Unis et dans d'autres pays, cela serait considéré comme une façon de violer la loi et ce serait illégal".

Les Etats-Unis ont annoncé début juin une interdiction quasi totale du commerce de l'ivoire sur leur territoire, affirmant leur volonté de s'attaquer au trafic des défenses d'éléphants africains menacés d'extinction par le braconnage.

Il reste environ 450.000 éléphants aujourd'hui sur le continent africain et on estime à plus de 35.000 le nombre de ces animaux tués chaque année.

Le commerce illégal de l'ivoire est largement alimenté par la demande en Asie, essentiellement en Chine (le kilogramme s'y négocie environ 1.000 euros), et au Moyen-Orient, où les défenses d'éléphants et les cornes de rhinocéros sont utilisées dans la médecine traditionnelle et en ornementation.

"Aucune action coercitive n'est prise par le Japon pour poursuivre les négociants en ivoire facilitant les exportations illicites d'ivoire", juge Danielle Grabiel, de l'EIA. 

Un responsable du ministère japonais du Commerce a affirmé que les autorités surveillent de près les commerçants enregistrés et que les cas évoqués tombent sous le coup de la loi.

Categorie: