La Chine raffole un peu trop du pangolin africain

Les douanes de Hong Kong ont arraisonné une nouvelle fois fin 2015 des navires chinois transportant illégalement du pangolin. L’équivalent de 150.000 euros de ce mammifère africain pourtant protégé par un traité international sur le commerce des espèces sauvages.

Il n’est pas très beau, caché sous ses écailles épaisses, mais il est très prisé des gourmets chinois : le pangolin, un « fourmilier écailleux », doté d'une langue plus longue que son corps, est en voie de disparition en raison d’une demande irraisonnée des consommateurs chinois pour ce petit mammifère pourtant protégé.

Un restaurateur cantonais nous confie le servir en fricassés, en soupe ou en ragoût. « Mais c'est braisés dans la sauce soja qu'ils ont meilleur goût ». Pourtant, nulle trace de cet animal sur la carte du restaurant qui sert aussi du serpent et toutes sortes d’étranges crustacés.

Il faut dire que le pangolin, vendu plus de trois-cents euros le demi-kilo, est une espèce en voie de disparition, protégée par un traité international sur le commerce des espèces sauvages. Les douanes chinoises estiment cependant que plus de dix mille pangolins sont vendus illégalement chaque année, mais les défenseurs des animaux estiment que le chiffre serait plus proche de cent mille.

Un mammifère protégé

Pékin a pourtant adopté plusieurs lois interdisant le trafic de dizaines d'espèces, dont le pangolin, interdit depuis 2000. Mais leur application s'est toujours heurtée à une très forte demande des consommateurs chinois. L’an dernier, le parlement national a approuvé une nouvelle interprétation de ces lois, qui permettrait de condamner les consommateurs et vendeurs d'espèces menacées à des peines allant jusqu'à 10 années d'emprisonnement. A la même époque, des réseaux trafiquant d'énormes quantités d'animaux rares étaient démantelées. Aux frontières de Canton, la police a retrouvé près d’un millier de pangolins congelés. La saisie à Hong Kong de plus de cinquante boîtes de viande de pangolin la semaine dernière, pour une valeur supérieure à 150.000 euros, rappelle que le mammifère est toujours en danger.

« L'application de la loi doit être améliorée, et l'information du public considérablement renforcée », explique Jill Robertson, directrice de l’ONG « Animals Asia » basée à Hong Kong. « Le commerce illégal d'animaux est devenu une activité qui rapporte des milliards en Chine ». Dix-neuf milliards de dollars même selon plusieurs ONG que nous avons contactées.

On trouve le pangolin en Asie du Sud-est, en Indonésie, mais c’est surtout en Afrique équatoriale et en Afrique centrale que les contrebandiers s’approvisionnement. Le Pangolin géant se trouve surtout en Ouganda, en Tanzanie et au Kenya occidental mais aussi dans les déserts africains. Solitaire et vulnérable, il est une proie facile pour les chasseurs. Mais plus que sa viande, ce sont les vertus médicinales que l’on prête à ses écailles et à son sang qui causent sa perte.

Médecine traditionnelle

Les jeunes mères chinoises utilisent ses écailles pour leurs effets soi-disant bénéfiques sur la production de lait. Son sang bu tiède dans un verre d’alcool de riz aurait des effets toniques pour le cœur et est très prisé comme aphrodisiaque.

Les chasseurs africains toucheraient moins de vingt euros le kilo de pangolin, revendu dix à quinze fois plus à des réseaux chinois. En Afrique, le pangolin mort suit ainsi les mêmes routes que le trafic de drogue ou le trafic d’armes, et ce sont les fameuses triades hongkongaises, 14k et Wo Shing, qui se chargent du transport et de la revente. Un enquêteur hongkongais nous explique que ces deux groupes mafieux hongkongais se rendent directement en Afrique du Sud et au Kenya pour acheter leurs marchandises parfois en échange de produits chimiques qui servent sur le continent à fabriquer des métamphétamines et toutes sortes de drogues artificielles.

Le pangolin n’est d’ailleurs pas le seul concerné par ces trafics : la poudre de cornes de rhinocéros, la peau, les organes et les os des fauves, les serpents, les ailerons de requin et même les célèbres ormeaux beiges sud-africains sont transportés jusqu’à Hong Kong par les triades qui les écoulent ensuite auprès de restaurateurs et de pharmaciens cantonais qui raffolent de cette cuisine qualifiée de « sauvage ».

 

Retrouvez ici notre enquête sur la contrebande de viande de pangolin pour le Monde Afrique.

Les animaux sauvages les plus prisés par la médecine chinoise

·      La corne de rhinocéros : elle se vend en poudre plus de 50.000 euros le kilo et aurait des vertus contre certains cancers et pour nettoyer le corps de ses toxines.

·      Les os de tigres : plus de 10.000 euros le kilo, ils servent à soigner l’arthrose et renforcer le squelette. Mélangé avec du pénis de tigre, ils sont aussi considérés comme un excellent aphrodisiaque.

·      La bile d’ours noir : vendue environ cinq euros le centilitre, elle soignerait les maladies de peau et aurait des effets tonifiants pour le corps.

·      La viande de pangolin : vendue plus de 300 euros le kilo c’est surtout un met très apprécié des cantonais dans le sud de la Chine.

·      Les écailles de pangolins : elles faciliteraient l’allaitement des femmes tout en luttant contre les problèmes sanguins et certains cancers. Quatre écailles par jour pendant sept jours suffiraient à vous remettre sur pied. Son prix : entre 500 et 1000 euros le kilo. Les écailles de pangolins sauvages africains se vendent plus chères que celles des mammifères asiatiques.

·      La langue de pangolin : séchée, elle sert de talisman, un peu comme une patte de lapin.

·      Le fœtus de pangolin est également très apprécié en médecine chinoise, mais beaucoup plus rare et plus cher.