Gabon : razzia sur le bois précieux

Vingt-six personnes, dont cinq Chinois, ont été arrêtées près de Makokou, dans le nord-est du Gabon, dans le cadre de la lutte contre l'exploitation illégale de Kevazingo, un bois précieux, a annoncé lundi un réseau international d'ONG de défense de l'environnement.
Parmi les personnes arrêtées figurent cinq Chinois mais aussi les deux principaux représentants du ministère des Eaux et Forêts dans la région de l'Ogooué-Ivindo et le vice-président du conseil départemental, affirme le réseau Eagle (Eco Activists for governance and law enforcement) dans un communiqué.
Tous ont été placés en garde à vue à la gendarmerie de Makokou, chef-lieu de la province, pour les besoins de l'enquête, selon la même source. Ils sont soupçonnés d'avoir participé à un vaste trafic de Kevazingo, une essence de bois précieux dont les ONG environnementales dénoncent depuis des années l'exploitation illégale dans le nord du Gabon.
Cité dans le communiqué, le nouveau procureur de Makokou à l'origine de cette série d'arrestations, Alain-Georges Moukoko, a mis en garde ceux qui "s'emploient à tricher avec la loi et qui dévastent la forêt sans craindre quoi que ce soit".
Le Gabon est l'un des principaux exportateurs de cette essence rare d'Afrique centrale, dont l'exploitation est strictement encadrée par la loi, avec près de 18.000 m3 exportés chaque année.
Ce bois est très prisé sur les marchés asiatiques pour fabriquer des meubles massifs, des parquets et moulures ou encore des instruments de musique.
Contrairement à des bois plus répandus au Gabon, comme l'Okoumé, la demande en Kevazingo a explosé ces dernières années, faisant flamber son prix.
Le mètre cube varie aujourd'hui entre 1.500 et 3.000 euros une fois en Chine, selon Luc Mathot, responsable de l'ONG Conservation Justice, à l'origine d'un rapport accablant qui dénonce une "véritable organisation mafieuse" de "blanchiment" du bois et une corruption "à tous les étages".
En Afrique centrale, d'autres essences comme l'ébène et le bois de rose sont aujourd'hui menacées par l'exploitation illégale.
Les forêts tropicales en danger
La Terre a perdu "plus de 18 millions d'hectares de forêts" en 2014, soit une surface égale à deux fois celle du Portugal, précise le World Resources Institute (WRI), un centre de recherches basé à Washington. A eux seuls les pays tropicaux ont perdu 9,9 millions d'hectares, et la déforestation s'y accélère, selon le WRI.
En particulier plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, du Mékong et de la région du Gran Chaco en Amérique latine sont touchés par cette disparition de leurs forêts, victimes de l'expansion d'activités économiques, avertit l'étude.
La déforestation contribue au dérèglement climatique dans la mesure où elle détruit les "puits de carbone" que constituent les forêts.
Dans les pays tropicaux la déforestation s'étend bien au-delà du Brésil, qui l'a réduite de 70% en Amazonie ces dix dernières années, et de l'Indonésie, qui a récemment pris des mesures pour empêcher de nouveaux déboisements. En fait, plus de 62% de la déforestation tropicale constatée en 2014 a eu lieu ailleurs que dans ces deux pays, contre 47% en 2001.
La situation est "particulièrement inquiétante" au Cambodge, pays où le déboisement s'est accéléré le plus rapidement de 2001 à 2014, relève le WRI. Il a perdu en 2014 une surface quatre fois plus étendue qu'en 2001.
Les chercheurs ont établi "une forte corrélation" entre la diminution des zones de forêts et la hausse du prix du caoutchouc sur le marché mondial, dans l'ensemble des pays du Mékong, où l'industrie du caoutchouc se développe au détriment de la forêt.
Plusieurs pays africains (Sierra Leone, Liberia, Guinée, Guinée-Bissau) ainsi que Madagascar figurent parmi les pays ayant subi l'accélération la plus rapide.
La RD Congo, le Congo-Brazzaville, le Cameroun, la Centrafrique et le Gabon, ont eux-aussi connu une réduction de la surface de leurs forêts, au profit notamment de l'exploitation de l'huile de palme et du bois.
En Amérique latine, les forêts de la région du Gran Chaco au Paraguay, en Argentine et en Bolivie "disparaissent rapidement", victimes de l'élevage de bétail et de la culture du soja, constate le WRI.





