La Chine dans la course aux minerais en Afghanistan

Des géologues américains ont découvert de gigantesques réserves de minerais en Afghanistan : fer, cuivre, cobalt, or et surtout lithium. De quoi faire du pays l'un des centres miniers les plus importants du monde. Une note interne de l’administration américaine indique que l'Afghanistan pourrait devenir « l'Arabie saoudite du lithium ».

En plein retrait des troupes américaines et de l’Otan du pays, la course aux matières premières a commencé.

Dans les starting-blocks on retrouve deux des plus grandes économies de la région : la Chine et l’Inde. « La Chine et l’Inde ne vont certainement pas se détourner d’une telle manne à leurs frontières », explique Kamran Bokhari, le directeur régional pour l’Asie du Sud et le Moyen-Orient de l’agence d’analyse Stratfor.

Mais fouiller le sous-sol afghan est encore plus délicat qu’exploiter le pétrole offshore. L’Afghanistan est un pays ravagé par les conflits, sans aucune infrastructure et où les seigneurs de la guerre prélèvent leur dîme et font la loi. L’Otan ne contrôlent qu’une partie du pays et certainement pas les régions isolées et montagneuses de l’Est où il n’y a ni électricité, ni route, ni chemin de fer. C’est pourtant là que se trouve la plus grande partie des réserves. Extraire ces minerais demandera donc des millions de dollars d’investissements.

L'Afghanistan au coeur de la nouvelle route de la soie

Pas de quoi cependant refroidir l’ardeur des entreprises chinoises et indiennes qui participent en nombre aux appels d’offre. L’un des plus gros jackpots en jeu : l’attribution des gisements d’Hajigak dans la province de Bamian : « Les réserves d’Hajigak sont estimés à 2 milliards de tonnes de ressources naturelles dont 62% de minerais de fer, selon le ministère des mines afghan. Plusieurs entreprises sont déjà en lice pour exploiter ces réserves gigantesques qui s’étendent sur 32 kilomètres de long et 550 mètres de profondeur. Mais l’enjeu est tellement énorme que les négociations durent déjà depuis quatre ans ! Selon nos dernières informations, c’est le consortium indo-afghan AFISCO qui tiendrait la corde.

Parmi les autres miniers en lice, on retrouve beaucoup d’entreprises indiennes comme Essar Minerals Ltd, Rashtriya Ispat Nigam Ltd et Ispat Industries Ltd. Problème : pour exploiter les minerais il faudra traverser les frontières de son grand ennemi, le Pakistan. « Le Pakistan fait tout pour empêcher l’Inde d’exploiter davantage les ressources afghanes et accroître sa présence sur place. Au contraire, le Pakistan qui est un allié de Pékin va s’aligner sur la position chinoise. Son objectif est de bloquer l’Inde », explique Kamran Bokhari. Seule alternative pour New Dehli passer par l’Iran. « Le problème pour l’Inde est que les ressources afghanes se trouvent en grande partie près de la frontière avec le Pakistan, explique un spécialiste du dossier. Négocier avec l’Iran s’avère également très délicat ». L’Inde s’inquiète aussi de l’insécurité sur place et les entreprises indiennes sont la cible de nombreuses attaques des talibans que l’on sait proches du Pakistan.

Côté Chinois, China’s Metallurgical Group Corp et Jiangxi Copper Co sont très actives. En 2007, elles ont décroché la licence d’exploitation des réserves de cuivre d’Aynak au détriment de l’Américain Phelps Dodge. Situées à 40 kilomètres de Kaboul elles sont considérées comme les plus importantes réserves du continent. Un investissement de 3 milliards de dollars entaché d’accusation de corruption, ce que les Chinois ont toujours démenti. Mais là encore, les problèmes d’insécurité empêchent toute exploitation du site.

La Chine en embuscade

La Chine doit enfin construire des infrastructures, des routes et une ligne de chemin de fer pour exploiter et transporter le minerai. L’investissement total devrait alors dépasser les 4 milliards de dollars ! Mais les Chinois ont la faveur des Afghans. Récemment, le ministre afghan du Commerce et de l’Industrie déclarait que « la contribution chinoise est aussi importante que celle des troupes étrangères de la coalition ». Ambiance.

La Chine n’a pas de troupes en Afghanistan, mais elle a des capitaux. Premier investisseur étranger, elle multiplie les contrats pour les infrastructures, les lignes téléphoniques, le chemin de fer et l’exploitation des matières premières. Sans compter l’électronique bon marché et les biens de consommation qui inondent les marchés de Kaboul. Négocier avec les Chinois est aussi une bonne alternative pour le nouveau gouvernement afghan qui prendra ses fonctions cette année afin de montrer aux Américains qu’ils ne sont pas tout puissants dans la région. C’est aussi un calcul à long terme que de miser sur la future première puissance économique du monde. Un pays dont on a pu voir au Darfour ou en Birmanie que la présence économique ne va pas de pair avec l’ingérence politique.

Mais l’Afghanistan doit accélérer la manœuvre. Le FMI a posé comme conditions au versement de nouvelles aides la signature rapide de contrats d’exploration et d’exploitations. Les retards accumulés mettent donc en péril les phases de transformation du pays dans un contexte de forte réduction de l’aide internationale.

Enquête de Sébastien Le Belzic

En partenariat avec Le Mandarin