L’Afrique lorgne les touristes chinois

L'Afrique est une destination de voyage de plus en plus populaire auprès des Chinois. En Afrique du Sud, la Chine est devenue le quatrième pays d'origine des touristes étrangers, devant la France. Plus de 30 000 touristes chinois se sont rendus au Kenya pour découvrir le spectacle de la migration des animaux sauvages. Cependant, rares sont ceux qui s'aventurent encore sur le reste du continent. Les perspectives sont pourtant considérables.

Sur le marché Masai de Nairobi ou dans les rues du Cap, on entend de plus en plus raisonner les « nihao », « bonjour » en mandarin. Près d’un million et demi de touristes chinois se sont rendus en Afrique l’an dernier, soit 3% seulement des 47 millions de touristes étrangers sur le continent.

Après une hausse fulgurante de 150% des visiteurs chinois entre 2012 et 2013, l’épidémie d’Ebola a certes ralentit les voyages l’an dernier, mais les affaires reprennent peu à peu. Dans un pays où seuls 5% des habitants ont un passeport, les perspectives sont en effet considérables de voir une part plus importante des 115 millions de touristes chinois (ils seront 150 millions en 2020) visiter un continent dont ils sont le premier partenaire économique.

140 milliards de dollars !

Les touristes chinois ont dépensé l’an dernier un total ahurissant de 140 milliards de dollars dans le monde, dont plus de la moitié en achats de souvenirs. De quoi faire revivre les marchés du Kenya ou de Tanzanie.

De plus en plus d’agences de voyages mettent l’Afrique à leur catalogue et plusieurs pays africains comme la Namibie et l’Afrique du Sud ont lancé des campagnes pour séduire le touriste chinois. Un récent sondage effectué par le groupement national des agents de voyages indique que les Chinois ne s’intéressent pour l’heure qu’à une poignée de pays : le Kenya, Maurice, les Seychelles, l’Afrique du Sud, la Tanzanie, l’Egypte et la Tunisie. Le Kenya a ainsi accueilli 37 000 touristes chinois en 2013 et l’objectif du gouvernement est d’en accueillir un million et demi d’ici cinq ans.

Mais les risques terroristes, la violence, les épidémies pèsent sur le tourisme africain. Au Zimbabwe on est ainsi passé de 10 000 touristes chinois à 2730  seulement entre 2013 et 2014.  La saison estivale qui débute ne s’annonce guère mieux : on compte déjà 4% d’arrivées de Chinois en moins au Kenya, sur les cinq premiers mois de l’année.

Cap sur le luxe

Si les routards chinois se font toujours rares, les voyageurs adeptes de luxe n’ont pas déserté : les safaris en Afrique du Sud, en Tanzanie et au Kenya continuent d’attirer une clientèle de riches Chinois près à payer entre 5000 et 8000 euros par voyage et par personne pour suivre la migration des animaux sauvages.

« Ce sont généralement des personnes habituées à voyager en Europe ou aux Etats-Unis. Ils ne se satisfont pas de la routine habituelle, explique Zhang Yan, directeur de l’Agence Africa Create à Pékin. Ils veulent participer à des dégustations de vin au Cap, dormir dans des hôtels luxueux et voyager en toute sécurité ».

Pour satisfaire cette clientèle exigeante, les entreprises chinoises commencent à investir massivement dans l’immobilier touristique et hôtelier ainsi que dans les transports aériens. Elles viennent d’achever un hôtel 4 étoiles à Lilongwe au Malawi, après en avoir construits plusieurs en Côte d’Ivoire, au Mali, au Sénégal, en Algérie et à Madagascar.

Vingt-trois pays africains ont signé des accords sur le transport aérien avec la Chine et une cinquantaine de vols réguliers hebdomadaires relient désormais des aéroports africains et chinois. Cet été verra ainsi l’ouverture de la première liaison directe entre Pékin et Johannesburg.

Si la France, l’Italie et la Grande Bretagne se disputent déjà les yuans du fameux touriste chinois, il faudra bientôt compter sur les opérations séduction du continent. Selon une étude, un emploi est créé pour soixante-cinq touristes étrangers. Mais pour l’heure seuls le Zimbabwe, la Namibie, le Maroc et l’Afrique du Sud ont une agence permanente de promotion du tourisme à Pékin.

Un autre sujet pourrait assombrir cette lune de miel : le profil type du touriste chinois en Afrique est celui d’un homme de 20 à 45 ans, travaillant comme chef d’entreprise ou pour une entreprise publique, et qui se rend sur le continent pour gagner de l’argent ou faire avancer sa carrière. On est encore très loin des safaris kényans ou des plages baignées de soleil de Maurice.

Enquête réalisée en partenariat avec Le Monde Afrique.