Quand la Chine prêche pour le libre-échange

Avec des Etats-Unis et une Europe qui résonnent de slogans hostiles à la mondialisation, l'élite économique et politique réunie à Davos, globalement acquise au libre-échange, a apprécié mardi la bouffée d'air pro-mondialisation venue de Chine.

Le discours inaugural du président Xi Jiping, devant une salle comble comme rarement, a été salué dans les couloirs du palais des congrès de cette station de ski qui abrite chaque année le forum économique mondial (WEF).

"Cela fait des années que je viens à Davos, et c'est le genre de discours qui est habituellement tenu par un président américain", a déclaré John Neill, qui dirige le groupe britannique de logistique Unipart.

"Il a utilisé cette opportunité brillamment pour tenter de prendre le +leadership+ mondial", a-t-il ajouté, estimant avoir peut-être assisté à un tournant historique.

'Lénine est bien mort'

Un éventuel tournant qui ne manquerait de piquant puisque c'est donc la Chine, dirigée par le parti communiste, qui prêche pour le libre-échange et la mondialisation capitaliste, alors que les Etats-Unis, sous la houlette de Donald Trump, affichent des penchants protectionnistes.

"Il y a un siècle, un homme appelé Lenine était tout près d'ici, à Zurich, en train de préparer une révolution mondiale. Cent ans plus tard nous voyons le dirigeant du premier parti communiste du monde venir au plus gros rassemblement du capitalisme mondialisé pour vanter les mérites de la mondialisation", a déclaré à l'AFP l'ancien Premier ministre Suédois Carl Bildt, un autre habitué de Davos. "Lénine est bien mort", a-t-il ajouté.

Comme souvent, le discours de M. Xi était serti de nombreuses allusions historiques et proverbes chinois, mais, Davos oblige, il a aussi cité un monument de la culture occidentale, l'écrivain britannique Charles Dickens, ou rendu hommage au discours de Gettysburg d'Abraham Lincoln en évoquant "le développement du peuple, par le peuple, et pour le peuple".

"Si les Chinois croient réellement à la mondialisation, et s'ils croient réellement aux mots de Lincoln, ils doivent maintenant se tourner vers nous et nous autoriser à créer une symétrie, parce que la route de la mondialisation passe le travailleur américain et la classe moyenne américaine", a réagi l'envoyé de Donald Trump à Davos, Anthony Scaramucci.

"Nous voulons avoir une merveilleuse relation avec la Chine", a-t-il dit, alors que M. Trump a souvent critiqué la politique économique de Pékin et menace d'ériger des barrières commerciales.

Et les participants à Davos ne semblaient pas s'émouvoir de devoir peut-être vivre dans une économie mondialisée à la chinoise.

"J'ai entendu un président sage et mesuré", a déclaré le PDG de la banque française Crédit Agricole, Philippe Brassac. "C'est un dirigeant qui endosse, au moins partiellement, la responsabilité du destin de l'humanité", a-t-il dit.

Le vice-président du joailler Swarovski, Dax Lovegrove, l'a trouvé "très encourageant car il promeut l'ouverture et la coopération, ce qui est exactement ce dont le monde a besoin", selon lui.

Pour autant, d'autres vieux routiers de Davos, habitués aux grands discours qui sont tenus ici et s'avèrent parfois creux, sont nettement plus circonspects. Si on n'écoute que le discours de Xi, on oublierait presque qu'il dirige un régime autoritaire. Si on fait la même chose pour Trump, on oublierait presque qu'il dirige une démocratie", pour l'analyste Ian Bremmer.

Pour le chef économiste du cabinet IHS Markit, c'était un "discours très encourageant. M. Xi s'est livré à une défense très rigoureuse, articulée, de la mondialisation". "Mais à la fin, ce qu'ils vont vraiment faire comptera plus que ce que dit le président Xi".

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