Le Maroc tangue entre la Chine et la France

Les 27 et 28 novembre prochain auront lieu la deuxième édition du CAIF à Marrakech. Un événement consacré à la Chinafrique et qui marque une étape importante alors que certains évoquent déjà un prolongement des Routes de la Soie jusqu'à Tanger. Le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita est d'ailleurs à Pékin cette semaine où il a rencontré son homologue chinois Wang Yi. Hasard du calendrier, la Chine n'est pas seule à courtiser le Royaume. 

Le premier ministre français Édouard Philippe et son homologue marocain, Saadeddine El Othmani, ont appelé ce jeudi à développer les échanges pour faire du Maroc une "plate-forme" de développement vers l'Afrique, "terre d'opportunité", "continent d'avenir".

"Je crois à la capacité des entreprises françaises à se développer à partir de la plate-forme marocaine", a affirmé le Premier ministre français en ouverture d'un forum économique franco-marocain à Skhirat, ville balnéaire au sud de Rabat. Rappelant la croissance économique et démographique du continent, il a souligné que l'Afrique était "une terre d'opportunité".

Son homologue marocain a pour sa part rappelé que le royaume entendait devenir "le pôle d'excellence du continent africain" en appelant à "davantage de coopération pour investir en Afrique" et développer "ce continent d'avenir", "dans une logique de gagnant-gagnant".

Le roi Mohammed VI a développé ces dernières années une politique africaine très active, marquée en début d'année par le retour du royaume au sein de l'Union africaine (UA) après plus de trente ans d'absence.

Soutenu par la France dans ses ambitions, le royaume se prépare à intégrer la communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), une adhésion qui doit être actée d'ici la fin de l'année. 

Pour les deux pays, il s'agit de joindre leurs efforts face à des concurrents internationaux puissants, et notamment la Chine, qui a fait une spectaculaire percée sur le continent africain en s'appuyant sur sa capacité d'investissement et sur un soutien bancaire colossal, comme l'ont souligné plusieurs participants du forum.

Interrogé, le président du comité Afrique Medef, Gérard Wolf, qui emmenait une délégation d'une quarantaine de chefs d'entreprise français, voit ainsi le Maroc comme un "hub", "une plate-forme dotée d'infrastructures pour conquérir l'Afrique Subsaharienne".

La compagnie nationale aérienne Royal air Maroc s'emploie depuis plusieurs mois à développer son réseau aérien, notamment vers l'Afrique de l'Est, depuis son hub de Casablanca.

La France est le premier partenaire économique du Maroc et fut longtemps son premier partenaire commercial avant d'être supplantée par l'Espagne.

Face à ces "parts de marché qui s'érodent", Edouard Philippe a exhorté à s'ouvrir à "de nouveaux acteurs" et appelé les sous-traitants industriels déjà présents, PME et start-up, "encore très insuffisamment sur le marché marocain", à s'implanter et "essaimer".

Aujourd'hui, 800 filiales d'entreprises françaises, dont 33 du CAC40, sont implantées au Maroc et les investissements étrangers sont pour un tiers hexagonaux. 

Édouard Philippe, arrivé mercredi soir au Maroc pour une visite officielle de 24 heures, doit poursuivre ses rencontres, jeudi, notamment autour de la jeunesse et de l'éducation.

Le tourisme, trésor du Royaume

Près de 6,5 millions de touristes ont visité le Maroc entre janvier et juillet 2017, un chiffre en progression de 8% sur un an qui marque une reprise de ce secteur clé de l'économie après plusieurs années de quasi-stagnation.

Le nombre de touristes étrangers a progressé de 13,5%, alors que les arrivées des Marocains résidant à l'étranger (MRE) ont augmenté de 3%, a également indiqué le ministère du Tourisme, dont les chiffres sont relayés par l'agence de presse MAP.

Les arrivées en provenance d'Europe progressent sensiblement: Allemagne (11%), Pays-Bas (7%), Espagne et Italie (6% chacun).

Les marchés touristiques émergents, notamment asiatiques, maintiennent aussi une tendance positive, selon le ministère, avec même une augmentation spectaculaire de 406% pour la Chine.

Les nuitées dans les établissements touristiques classés affichent eux une hausse de 17% par rapport à fin juillet 2016. Cela concerne toutes les destinations dont les deux principaux pôles (+20% pour Marrakech, +16% pour Agadir).

Les recette générées par les touristes étrangers se sont élevées à 34,38 milliards de dirhams (environ 3 milliards d'euros) à fin juillet, contre 32,97 milliards de dirhams un an auparavant (+4,3%).

Enfin, le trafic aérien a également enregistré "un record de fréquentation" en août, avec près de 2,2 millions de passagers (+11,77% par rapport à août 2016), a annoncé mardi l'Office national des aéroports (ONDA).

Après une année 2016 difficile --avec une hausse annuelle de seulement 1,5% du nombre de touristes, soit 10,3 millions- ces chiffres confirment une reprise déjà anticipée par les spécialistes du secteur.

Les Français constituent toujours -et de loin- le premier contingent avec près d'un tiers des arrivées, suivis des Espagnols, des Britanniques et des Allemands.

Le tourisme est un secteur clé de l'économie marocaine, qui pèse près de 10% de la richesse nationale. Avec les exportations et les transferts financiers des MRE, il est l’une des principales sources de devises et son deuxième employeur.

Au début des années 2010, le Maroc s'était fixé pour objectif d'atteindre les 20 millions de visiteurs en 2020, avant d'être contraint de renoncer à ce plan du fait de la morosité économique en Europe et de l'instabilité régionale, dont ont pâti toutes les destinations de la rive sud de la Méditerranée.

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