L'économie chinoise marque le pas

La Chine a vu ses exportations s'effondrer de plus de 25% en février, tandis que ses importations plongeaient à nouveau, sous l'effet conjugué d'une conjoncture internationale morose et de l'essoufflement persistant de l'activité dans la deuxième économie mondiale. De mauvaises statistiques qui devraient peser à nouveau sur l'économie africaine de plus en plus dépendante de la demande chinoise en matières premières. On se souvient que la baisse de la croissance chinoise avait déjà provoqué une baisse de 43% de la demande chinoise en matières premières africaines l'an dernier.

Les exportations du géant asiatique, principale puissance commerciale de la planète, ont ainsi dégringolé le mois dernier de 25,4% sur un an à 126,1 milliards de dollars, ont annoncé les douanes.

Ce plongeon spectaculaire, le plus fort enregistré depuis mai 2009, a surpris les marchés: les analystes sondés par l'agence Bloomberg anticipaient un repli --déjà important-- de 14,5%, après une chute de 11,2% en janvier.

Alors que le commerce extérieur reste un pilier de son modèle économique, la Chine pâtit de "l'affaiblissement du commerce international" et d'une demande sans éclat de ses partenaires commerciaux, commentaient les experts de la banque ANZ.

A l'inverse, le vif ralentissement économique de la Chine n'en finit plus de plomber ses importations.

Celles-ci ont chuté de 13,8% en février à 93,6 milliards de dollars, s'enfonçant pour le 16e mois consécutif. Le repli est plus fort qu'attendu et plus marqué qu'en janvier (-18,8%).

Au final, l'excédent commercial chinois a fondu le mois dernier de 46% sur un an à 32,6 milliards de dollars: moitié moins que le niveau record enregistré en janvier.

Certes, l'effondrement des exportations s'explique en grande partie par les longs congés du Nouvel an lunaire, intervenus bien plus tôt cette année qu'en 2015, d'où une base de comparaison défavorable.

Mais même s'il y a des reports dus au Nouvel an, "il n'en reste pas moins que la demande extérieure s'avère particulièrement terne", insistait Yang Zhao, analyste de Nomura.

Le casse-tête chinois de la croissance

La Chine vise pour 2016 une croissance économique comprise "entre 6,5% et 7%", avec une conjoncture morose et des difficultés structurelles persistantes, mais est prête à creuser nettement son déficit pour soutenir l'activité, a annoncé samedi devant le Parlement le Premier ministre Li Keqiang.

Alors que le gouvernement s'était fixé en 2015 un objectif d'"environ 7%", la deuxième économie mondiale avait finalement enregistré l'an dernier une croissance de 6,9%, sa plus faible depuis un quart de siècle.

Or, "nous constatons que, cette année, les difficultés seront plus nombreuses et plus grandes, les défis plus redoutables, aussi devons-nous nous préparer à livrer un dur combat", a insisté Li Keqiang.

S'exprimant durant deux heures à l'ouverture de la session annuelle de l'Assemblée nationale populaire (ANP) -- chambre d'enregistrement des décisions du Parti communiste --, le dirigeant a dressé un sombre tableau.

L'économie mondiale pâtit d'une "reprise molle", tandis qu'en Chine, "les pressions à la baisse s'accentuent", a-t-il souligné.

Les indicateurs chinois sont largement dans le rouge: demande terne et plongeon des échanges commerciaux, contraction de l'activité manufacturière, stagnation des investissements immobiliers, surcapacités industrielles, fuites de capitaux et violentes turbulences boursières.

"Les incohérences et risques accumulés depuis longtemps se font sentir davantage, (...) les convulsions de la restructuration économique et la substitution de nouveaux moteurs de développement aux anciens se conjuguent", s'est désolé M. Li, prévoyant de douloureux "ajustements".

Le défi des surcapacités

Les autorités vantent volontiers leurs efforts pour rééquilibrer le modèle économique chinois vers les services, la consommation intérieure et les nouvelles technologies --comme les énergies renouvelables.

Mais la transition s'accomplit dans la douleur, et l'essor des services, qui représentent désormais plus de la moitié (50,5%) du PIB, peine à prendre le relais de moteurs traditionnels de croissance (immobilier, infrastructures, exportations) à bout de souffle.

Pour autant, Pékin entend "supprimer les capacités de production excédentaires", a martelé Li Keqiang. 

Les firmes "zombies" des secteurs minier et sidérurgique, qui survivent grâce au crédit et aux subsides publiques, seront fusionnées, restructurées ou mises en liquidation, a-t-il prévenu, au prix d'inévitables suppressions d'emplois.

A cet égard, l'adoption d'une fourchette au lieu d'un chiffre précis comme objectif de croissance "est un progrès appréciable, car cela laissera une marge d'action pour les réformes structurelles", notait Bank of America-Merrill Lynch, tout en se disant circonspect sur leur mise en oeuvre.

Les capacités de production continuent encore de gonfler, ce qui complique la donne, avertissait Christopher Balding, professeur à Peking University: "Ce sont des problèmes dont on parle depuis longtemps, rien n'a vraiment été fait".

Relance budgétaire et déficits

En même temps, soucieuse d'enrayer l'alarmant essoufflement de l'activité, la Chine maintiendra sa politique monétaire très accommodante, et elle laissera filer son déficit public pour "intensifier" sa relance budgétaire, a affirmé le Premier ministre.

Le déficit budgétaire chinois va ainsi bondir à 3% du PIB, contre 2,3% en 2015. Il se creusera de 560 milliards de yuans pour atteindre 2.180 milliards de yuans (304 milliards d'euros), a-t-il précisé.

Dans le détail, des exemptions d'impôts pour les entreprises seront généreusement étendues, tandis que le régime dopera ses investissements dans les infrastructures de transport et d'énergie.

Dans le cadre du 13e plan quinquennal (2016-2020), l'équivalent de 341 milliards d'euros seront investis pour la construction de voies ferrées et de routes.

Des analystes tirent pourtant la sonnette d'alarme sur l'envolée de l'endettement et des risques de crédit en Chine, en particulier après une récente explosion des prêts bancaires. L'agence de notation Moody's vient d'abaisser sa perspective sur les obligations d'Etat chinoises, s'inquiétant de l'émoussement de la solidité fiscale du pays.

La dette totale chinoise (endettement public et privé) approche désormais les 250% du Produit intérieur brut (PIB), selon l'agence Bloomberg.

Li s'est employé à rassurer: les mesures de relance budgétaire sont "nécessaires, faisables et sûres", a-t-il répété.

La Chine a par ailleurs adopté pour 2016 un niveau-cible d'inflation d'"environ 3%" (très au-delà du taux actuel) et entend maintenir le niveau de chômage "sous 4,5%".

En revanche, aucun objectif chiffré n'a été fourni pour le commerce extérieur: celui-ci s'était contracté de 8% en 2015, très loin de l'augmentation de 6% que visaient les autorités.

Si la crédibilité des statistiques officielles chinoises est largement questionnée, celles-ci n'en sont pas moins scrutées: même affaibli, le géant asiatique reste l'un des principaux moteurs de la croissance planétaire.