Afrique du Sud : le spectre de la récession

Le fort recul du PIB sud-africain au premier trimestre (-1,2%) fait de nouveau planer le spectre d'une récession sur l'économie la plus industralisée d'Afrique qui tourne au ralenti depuis près de deux ans, minée par la chute des cours des matières premières et une sécheresse exceptionnelle. 

Après cette baisse surprise du produit intérieur brut mercredi par rapport aux trois derniers mois de l'an dernier, les chiffres de la croissance du deuxième trimestre 2016 publiés en août seront scrutés avec attention, alors que l'Afrique du Sud pourrait connaître sa première récession (deux trimestres consécutifs de baisse) depuis 2009, à l'époque du pic de la crise financière mondiale. 

En 2014, à cause de grèves à répétition, et en 2015, en raison de coupures récurrentes d'électricité, l'Afrique du Sud avait déjà été au bord de la récession mais l'avait à chaque fois évitée de justesse.  

Baisse de la demande chinoise

Cette fois, le ralentissement de la demande chinoise, le principal partenaire économique de l'Afrique du Sud, la chute des cours des matières premières et la grave sécheresse qui frappe la région depuis deux ans sont à l'origine des déboires de l'économie sud-africaine.

"C'est la plus faible croissance enregistrée depuis le deuxième trimestre 2015 et cela accentue le risque de voir une récession pour l'économie cette année", relève Laura Campbell, économiste pour le cabinet de conseil Econometrix.  

Le secteur minier a enregistré un très fort recul de son activité au premier trimestre (-18,1%), particulièrement dans le platine et le fer, tandis que le secteur agricole est également en forte baisse (-6,5%). 

"Les perspectives restent relativement sombres", note la banque sud-africaine Nedbank dans une analyse publiée mercredi.

"Le secteur agricole ne devrait pas rebondir compte tenu de l'impact durable de la sécheresse. La demande mondiale morose, les bas prix des matières premières et les coûts de production élevés devraient persister et peser sur les secteurs miniers et manufacturiers", poursuit Nedbank, évoquant de probables restructurations à venir.

Chômage endémique

En février, le géant minier du platine Anglo American avait annoncé la suppression prochaine de 2.000 emplois dans deux de ses mines en Afrique du Sud. L'an dernier, 6.000 employés avaient perdu leur travail chez Lonmin, le rival d'Anglo American. 

Avec le recul du PIB sud-africain de 0,2% par rapport au premier trimestre 2015, aucun indicateur de l'économie du pays n'incite à l'optimisme.

L'Afrique du Sud fait face à un chômage endémique qui approche 27% et près de la moitié des jeunes, l'inflation dépasse 6% et le rand sud-africain a perdu plus d'un quart de sa valeur contre le dollar en deux ans.

Pour contrer l'inflation et la chute du rand, la banque centrale a augmenté en mars ses taux directeurs à 7%, au plus haut depuis six ans.

"Nous anticipons une nouvelle hausse d'un quart de point dans la deuxième moitié de l'année", prévoit Nedbank. 

Outre les facteurs extérieurs sur lesquels l'Afrique du Sud a peu de marge de manœuvre, l'opposition accuse le président Jacob Zuma d'être responsable de la morosité de l'économie nationale.

Dans leur ligne de mire, l'imbroglio de décembre 2015 provoqué par la succession de trois ministres des Finances en moins d'une semaine qui a entraîné l'affolement des marchés. 

Et les relations réputées tendues entre M. Zuma et son actuel ministre des Finances Pravin Gordhan n'aident pas à rassurer les investisseurs. 

Pour 2016, le Fonds monétaire international et la Banque centrale estiment que la croissance ne dépassera pas 0,6% tandis que la Nedbank prévoit une hausse annuelle du PIB de seulement 0,2%.

Malgré ces mauvaises nouvelles, l'Afrique du Sud a évité mercredi une dégradation de sa note souveraine par l'agence Fitch qui l'a maintenue à BBB- et annoncé des "perspectives stables". 

La semaine dernière, l'agence de notation Standard and Poor's avait également maintenu à BBB- la note de l'Afrique du Sud, mais avec des perspectives négatives. 

Pour ces deux agences, le pays reste un cran au-dessus des catégories spéculatives, un statut qui dissuade de nombreux investisseurs internationaux d'acheter des obligations souveraines.

S&P menace l'Afrique du Sud de dégradation

L'agence de notation Standard and Poor's a annoncé vendredi le maintien de la note de l'Afrique du Sud, la première économie industrialisée du continent noir, à BBB-, soit un cran au-dessus des catégories spéculatives, tout en soulignant que les perspectives restent "négatives".

Notant la "faible croissance" et les "tensions politiques grandissantes" en Afrique du Sud, mais aussi les "améliorations dans le secteur énergétique" et la "détermination du gouvernement à réduire les déficits budgétaires à un rythme plus rapide qu'escompté", S&P a maintenu la dette à long terme de l'Afrique du Sud à BBB-.

Le pays, important exportateur de minerais, reste un cran au-dessus des catégories spéculatives, un statut qui dissuade de nombreux investisseurs internationaux d'acheter des obligations souveraines.

Standard and Poor's a cependant estimé que les perspectives "restaient négatives" et qu'elle pourrait abaisser la note de l'Afrique du Sud "cette année ou l'an prochain si les mesures politiques prises (par le gouvernement) ne permettent pas de renverser la situation".

Le gouvernement sud-africain a immédiatement salué la décision très attendue de S&P's, qui lui "donne davantage de temps pour démontrer les conséquences concrètes de l'application des réformes en cours destinées à relancer la croissance et assainir les finances publiques", selon un communiqué du ministère des Finances.

L'économie sud-africaine, qui avait enregistré des taux de croissance de l'ordre de 5% entre 2004 et 2007, tourne au ralenti depuis quelques années en raison notamment de la chute des cours des matières premières liée au ralentissement de la croissance en Chine, principal partenaire économique de l'Afrique du Sud. 

Selon les dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI), la croissance ne devrait pas y dépasser 0,6% cette année. L'une des principales banques du pays, Nedbank, table même sur une croissance de seulement 0,2% pour 2016.

L'économie du pays est aussi affectée par une très forte sécheresse, la pire depuis un siècle, qui a provoqué une augmentation du prix des denrées alimentaires.

Sur le plan politique, les changements successifs à la tête du ministère des Finances en décembre ont miné la confiance de certains investisseurs. Et les relations entre l'actuel ministre, Pravin Gordhan, proche des marchés, et le président Jacob Zuma sont tendues selon les observateurs, même si la présidence a dénoncé la "rhétorique toxique" des médias sur le sujet.

Une autre agence de notation financière, Fitch, doit réévaluer la note de l'Afrique du Sud la semaine prochaine.

Categorie: