Soudan du Sud : Pékin et Moscou Moscou hostiles aux sanctions

Le Russie a réaffirmé vendredi qu'elle s'opposait à un embargo sur les armes au Soudan du Sud et à des sanctions contre les deux principaux belligérants malgré les recommandations d'experts de l'ONU, estimant cette approche contre-productive.

Des sanctions "ne seront pas propices" au processus de paix parce que les experts proposent de sanctionner le président et le chef des rebelles alors qu'ils mènent des négociations qui ont fait "certains progrès", a expliqué le réprésentant adjoint russe à l'ONU Petr Iliichev.

"Le gouvernement d'union nationale, les autorités de transition, tout cela est à portée de main et nous casserions tout" avec des sanctions, a-t-il plaidé.

En ce qui concerne l'embargo sur les armes, a-t-il expliqué, la Russie estime qu'il favoriserait les rebelles car il est plus facile de contrôler la livraison d'armes au gouvernement.

"La région est déjà inondée par les armes dont il faut plutôt contrôler celles qui sont déjà là", a-t-il estimé.

Un groupe d'experts de l'ONU a recommandé au Conseil de sécurité de sanctionner le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, le chef des rebelles Riek Machar et deux responsables militaires, ainsi que d'imposer un embargo sur les armes qui alimentent depuis deux ans la guerre civile dans le pays.

Sous la menace de sanctions, gouvernement et rebelles ont conclu un accord de paix le 26 août. Mais le rapport des experts confirme que cet accord n'a pas fait baisser la violence et que les deux camps cherchent toujours activement à se procurer des armes.

Au sein du Conseil, l'Angola ou la Chine sont eux aussi réticents à imposer un embargo, selon des diplomates.

Des experts de l'ONU demandent des sanctions

Un groupe d'experts de l'ONU a recommandé au Conseil de sécurité de sanctionner le président du Soudan du Sud, le chef des rebelles et deux responsables militaires ainsi que d'imposer un embargo sur les armes qui alimentent la guerre civile dans le pays.

Une liste de quatre noms a été soumise au Conseil dans une annexe au rapport des experts: ceux de Salva Kiir et Riek Machar, ainsi que du chef d'état-major Paul Malong et du chef des services de sécurité intérieure Akol Koor, tous accusés de graves exactions selon des diplomates.

Il revient maintenant au Comité de sanctions de donner suite à ces recommandations. Les sanctions consistent en un gel des avoirs et une interdiction de voyager.

L'ONU avait sanctionné en juillet six commandants -- trois dans chaque camp -- mais sans effet apparent sur le terrain.

MM. Kiir et Machar sont responsables de la majorité des violences commises depuis le début du conflit il y a deux ans, affirme le rapport des experts.

Leur imposer des sanctions ciblées serait de loin la mesure la plus ferme jamais prise par les 15 membres du Conseil, qui se sont révélés jusqu'ici incapables de mettre fin aux combats et à la catastrophe humanitaire que les deux hommes ont provoquée.

"Il existe des preuves claires et convaincantes, affirme le rapport, que la plupart des actes de violence commis pendant la guerre, dont les attaques contre des civils, les violations du droit humanitaire international et des droits de l'homme, ont été ordonnées par des responsables au plus haut niveau du gouvernement et de l'opposition ou que ces responsables en avaient connaissance".

MM. Kiir et Machar "ont le contrôle de leurs forces respectives" et les deux camps "ont entrepris régulièrement des actes et des politiques" qui les rendent passibles de "sanctions ciblées", expliquent les experts.

Devenu indépendant en juillet 2011, le Soudan du Sud a replongé dans la guerre le 15 décembre 2013, quand des combats ont éclaté au sein de l'armée nationale, minée par des dissensions politico-ethniques alimentées par la rivalité entre M. Kiir et son ex-vice président Riek Machar.

Sous la menace de sanctions, gouvernement et rebelles ont conclu un accord de paix le 26 août. Mais le rapport confirme que cet accord "n'a pas fait baisser la violence de manière significative".

Il souligne aussi que les deux camps cherchent toujours activement à se procurer des armes, même après la signature de l'accord. 

Les forces gouvernementales ont ainsi commandé un quatrième hélicoptère d'attaque Mi-24 à une firme ukrainienne, Motor Sich, dans le cadre d'un contrat de 43 millions de dollars, et cherchent à acquérir quatre autres hélicoptère d'une firme ougandaise pour 35,7 millions.

Les rebelles ont de leur côté reçu du Soudan des munitions, des armes et des uniformes.

Le experts recommandent que le Conseil de sécurité "impose un embargo sur la livraison, la vente ou le transfert au Soudan du Sud" d'armes, de munitions, de véhicules militaires et de pièces détachées.

Au sein du Conseil, des pays comme l'Angola, la Chine et la Russie sont réticents à imposer un tel embargo, selon des diplomates.

Le rapport confirme aussi que les deux camps recrutent des enfants-soldats et utilisent le viol et l'enlèvement de femmes et de filles comme tactique de guerre.

Plus de 2,3 millions de personnes ont été chassées de chez elles par la guerre, les massacres et les atrocités qui l'accompagnent et le pays est menacé de famine, selon l'ONU.

Plus de 200.000 civils sud-soudanais sont désormais hébergés dans sept bases de l'ONU réparties à travers le pays.