Premier sommet sino-africain sur fond de croissance ralentie

Dirigeants africains et chinois ont rendez-vous pour la première fois, vendredi et samedi, sur le continent noir pour un sommet où le président Xi Jinping doit annoncer une myriade de contrats malgré le ralentissement récent des investissements chinois en Afrique, devenue très dépendante de Pékin.

Illustration de l'importance de ce sommet: le président chinois et une cinquantaine de dirigeants africains, dont les présidents nigérian Muhammadu Buhari et zimbabwéen Robert Mugabe, sont attendus à Johannesburg, dans le district financier de Sandton.

Avec plus d'un million de travailleurs et plus de 2.500 entreprises présentes sur le continent, la Chine est le premier partenaire commercial de l'Afrique, où elle a détrôné les Etats-Unis en 2009.

"En une décennie, les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont été multipliés par dix environ" pour atteindre 300 milliards de dollars cette année, selon les estimations du Forum sino-africain industriel.

Mais l'avenir s'est récemment assombri. Les investissements chinois sur le continent noir ont chuté de plus de 40% au cours des six premiers mois de 2015 par rapport à la même période l'an dernier. Une chute attribuée au ralentissement de la croissance chinoise.

Le président chinois, qui ouvrira le 2e sommet de coopération Chine-Afrique (Focac), "doit annoncer une série de nouvelles mesures pour les trois années à venir pour maintenir la coopération sino-africaine et soutenir le développement de l'Afrique", selon le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi.

"Il insistera sur la forte détermination de la Chine et ses sincères intentions à rester engagée dans une coopération croissante et amicale entre la Chine et l'Afrique", a-t-il ajouté.

Chemins de fer au Nigeria

Depuis une décennie, la Chine achète en grandes quantités pétrole, fer, cuivre et autres matières premières aux pays africains, contribuant à la flambée des prix. Mais le ralentissement de sa croissance produit désormais l'effet inverse, plongeant plusieurs pays africains dépendants en pleine crise, comme la Zambie, producteur de cuivre.

La devise zambienne, le kwacha, a perdu 45% de sa valeur face au dollar depuis le début de l'année en raison d'une baisse vertigineuse des prix du cuivre, qui représente 60% des exportations de ce petit pays d'Afrique australe. "Nous devons trouver d'autres produits à exporter vers la Chine", a reconnu la ministre zambienne du Commerce, Margaret Mwanakatwe.

Le président du Nigeria, première puissance pétrolière du continent, table lui sur le financement de Pékin pour une usine électrique considérée clé par Abuja et pour des projets pharaonesques de chemins de fer.

En route pour le sommet, le président chinois a fait escale mardi au Zimbabwe, paria de l'Occident, où il a signé plusieurs accords économiques.

Mercredi, à Johannesburg, il a conclu avec son homologue sud-africain 26 accords bilatéraux pour un montant de 6,2 milliards d'euros dans les domaines industriel, agricole, des infrastructures et de la coopération économique.

Mais l'Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent, insiste sur la relation gagnant-gagnant de l'Afrique avec la Chine.

Le Focac "n'est pas une conférence humanitaire, mais une conférence entre partenaires", a déclaré Ghulam Hoosein Asmal du ministère sud-africain des Affaires étrangères. "L'Afrique n'attend pas d'aides financières."

"L'Afrique doit travailler à saisir des opportunités", a insisté le ministre des Finances sud-africain, Nhlanhla Nene, ajoutant que la Chine offrait des occasions pour "faire fructifier notre commerce".

Dans leurs relations avec la Chine, "les dirigeants africains cherchent à s'émanciper économiquement, pas seulement à dépendre de Pékin", estime Lyle Morris, analyste à la Rand Corporation aux Etats-Unis. "Ils ont besoin d'exploiter ces relations de manière à ce qu'elles participent directement à l’industrialisation de l'Afrique."

Il s'agit du deuxième sommet Chine-Afrique et du premier à se tenir sur le continent noir. Pékin avait accueilli le premier Focac en 2006.

Seuls trois pays africains (Burkina Faso, Sao Tomé et Swaziland) n'ont pas été conviés à Johannesburg, en raison de leurs relations diplomatiques avec Taïwan, île séparée de la Chine continentale depuis 1949.