Mer de Chine : Pékin cherche des alliés en Afrique

Les eaux tropicales de la mer de Chine méridionale sont à plus de 10.000 km du désertique Niger. Mais le pays africain n'en a pas moins rejoint avec d'autres Etats l'alliance diplomatique constituée par Pékin pour défendre la position chinoise sur cette mer disputée.

D'autres nations ont rejoint la coalition pro-Chine, dont le Togo, le Burundi et l'Afghanistan.

Elles font partie des derniers renforts sollicités par Pékin pour une "guerre de relations publiques" destinée à contester une procédure juridique défavorable à la Chine, note Ashley Townshend, chercheur associé au Centre d'études sur les Etats-Unis à l'Université de Sydney.

Pékin revendique la souveraineté de la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale, et y mène d'énormes opérations de remblaiement d'îlots, permettant notamment la construction de pistes d'atterrissage.

Des initiatives qui irritent les pays voisins ayant également des prétentions sur la zone -- parmi lesquels le Vietnam, Brunei, la Malaisie ou les Philippines.

Manille accuse Pékin de bafouer la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, et a porté l'affaire devant la Cour permanente d'arbitrage de La Haye, au grand dam de Pékin, qui rejette la légalité de la procédure.

"Plus de 40 pays ont officiellement approuvé la position" de Pékin, a contre-attaqué la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying. 

Pour la Chine, le conflit sino-philippin doit être résolu via des négociations directes, et non par ce tribunal international qui, selon elle, n'a pas juridiction pour traiter de l'affaire.

"De plus en plus de pays et d'organisations soutiendront" la Chine, a par ailleurs assuré Mme Hua, alors que le jugement de la cour d'arbitrage, attendu cette année, devrait être défavorable à Pékin.

De la Russie au Niger

"En bricolant un groupe de pays qui partagent son avis, l'objectif de Pékin est de montrer qu'il y a un véritable débat sur la légalité de la procédure juridique initiée par les Philippines", estime M. Townshend.

Malgré plusieurs demandes, le ministère chinois des Affaires étrangères n'a cependant pas fourni une liste complète des pays soutenant Pékin sur ce dossier.

Hormis la Russie, son principal appui diplomatique, aucune grande puissance ne s'est ralliée à la Chine. Plusieurs voisins, méfiants face aux ambitions chinoises, sont notablement absents.

Les pays dont Pékin revendique pour l'instant le soutien sont majoritairement des nations à l'influence modeste sur l'échiquier diplomatique.

Et dans certains cas, leur appui s'est révélé éphémère. 

Les Fidji et la Slovénie -- membre de l'Union européenne -- ont ainsi rapidement démenti les affirmations du ministère chinois des Affaires étrangères assurant de leur ralliement à la position de Pékin.

"Nous ne prenons pas parti sur la question", a sobrement objecté Ljubljana.

Pour Zhu Fen, expert en relations internationales à l'Université de Pékin, la Chine "doit développer son action diplomatique et se battre pour obtenir davantage de soutiens".

Aucune influence

Mais sa marge de manoeuvre est limitée. 

"Tandis que la Chine a monté une coalition dépareillée de partenaires allant de la Russie à la Mauritanie, en passant par le Venezuela et la Gambie, les Philippines bénéficient du soutien des Etats-Unis, du Japon, de l'Australie, de la Grande-Bretagne et d'autres, dont des institutions internationales respectées comme l'Union européenne et le G7", note M. Townshend. 

Et, souligne-t-il, la décision de la Cour d'arbitrage sera prise uniquement par les juges: "Les soutiens (diplomatiques), des deux côtés, n'auront aucune influence sur le jugement".

Ce qui n'empêche pas Pékin de solliciter l'aide de pays comme le Niger, celui-ci ayant certainement davantage à gagner d'un soutien que d'une opposition.

Le géant étatique chinois des hydrocarbures CNPC a investi des milliards d'euros dans le pays africain, dont le secteur pétrolier est désormais presque entièrement dépendant des entreprises chinoises.

Un exemple des nombreuses relations bilatérales que Pékin entretient, puis met à profit en cas de besoin, estime Deborah Brautigam, de l'Université Johns-Hopkins.

"Les Chinois fournissent une aide officielle au développement principalement pour des raisons diplomatiques", assure-t-elle.

"Et lorsqu'il a besoin du soutien diplomatique (d'un pays), le ministère des Affaires étrangères le sollicite".

"Pour un pays africain", note-t-elle, le ralliement à la Chine "n'a que peu de répercussions" diplomatiques et commerciales.

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