Chine et Ebola au menu des grands argentiers

Ralentissement de la croissance en Chine, conséquences de l'épidémie d'Ebola en Afrique, relance de la croissance mondiale : le FMI et la Banque mondiale vont avoir fort à faire lors de leurs réunions de printemps qui s'ouvrent ce jeudi à Washington.

Christine Lagarde a déjà donné le ton la semaine dernière en évoquant "la nouvelle médiocrité" qui, selon elle, marque la situation économique internationale.

La croissance mondiale "est tout simplement insuffisante", a-t-elle affirmé le 9 avril lors d'un discours à Washington. "Il y a six mois, j'avais mis en garde contre le risque d'une nouvelle médiocrité, c'est-à-dire une faible croissance pendant longtemps. Aujourd'hui, on doit empêcher que cette nouvelle médiocrité ne devienne une nouvelle réalité", avait-elle lancé.

Les prévisions économiques publiées par le FMI mardi le confirment. Il prévoit toujours 3,5% de croissance en 2015 pour l'ensemble du monde et 3,8% pour 2016, ce dernier chiffre étant en très légère amélioration par rapport à ses dernières prévisions de janvier.

Mais les chiffres sont un peu moins bons pour les Etats-Unis, même s'ils restent solides, la zone euro reste convalescente, la Chine est au ralenti, l'Amérique latine, avec le Brésil en tête, ne se porte pas bien, et la Russie est en récession.

L'économie mondiale peine donc à sortir de la crise économique et financière de 2008. Le FMI met en avant le concept de "croissance potentielle" pour définir ce qu'elle pourrait être si les facteurs de production étaient pleinement employés.

Or cette croissance potentielle est en déclin dans les pays industrialisés, selon le chef économiste du FMI Olivier Blanchard. Si cet affaiblissement date d'avant la crise, celle-ci l'a accentué. Elle l'est aussi dans les pays émergents, comme la Chine et, dans une moindre mesure, dans les pays pauvres.

La baisse des prix du pétrole fait des perdants, les pays producteurs, et des gagnants, les consommateurs, même si certains, comme les Etats-Unis, arrivent à avoir un pied dans les deux camps. Mais la hausse du dollar pénalise leurs entreprises exportatrices et menace les pays émergents.

Inquiétudes pour l'Europe

S'y ajoutent les tensions régionales comme la Grèce et les menaces toujours vives de voir ce pays être contraint de faire défaut sur sa dette et de sortir de la zone euro.

Si le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaüble a de nouveau affirmé mercredi qu'il n'y croyait pas, plusieurs responsables du FMI n'hésitent plus à se placer dans cette perspective.

Olivier Blanchard a ainsi affirmé que si la priorité restait de trouver un accord avec Athènes sur un nouveau programme de réformes en échange du versement de la dernière tranche d'aide de 7,2 milliards d'euros, une sortie de la Grèce de l'euro ne pouvait être exclue, avec un effet déstabilisant sur les marchés financiers.

Mais M. Blanchard, tout comme Wolfgang Schaüble, estime que la zone euro survivrait à une telle issue et que la contagion serait somme toute limitée. "Le reste de la zone euro est en meilleure position pour faire face à une sortie de la Grèce. Certains des pare-feux qui n'étaient pas là avant le sont maintenant, et même si cela ne serait pas facile, cela pourrait être fait", a-t-il estimé.

"Si cela devait arriver, la façon de rassurer les marchés serait de saisir cette occasion pour progresser sur la voie d'une union budgétaire et politique et cela serait clairement le bon moment pour le faire", a déclaré l'économiste du FMI mardi.

Autre sujet au premier plan des réunions, la crise d'Ebola et les moyens de venir en aide aux trois pays touchés, la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone.

Les dirigeants de ces trois pays vont présenter à Washington les détails d'un "plan Marshall", s'accompagnant d'une aide supplémentaire et d'un effacement de leur dette.

"Ebola a touché des pays qui faisaient déjà face à de lourds fardeaux de la dette", a souligné le directeur de l'ONG JubileeUSA Eric LeCompte. Le FMI a déjà offert 100 millions de dollars d'allègement de dette pour les pays touchés mais ceux-ci attendent beaucoup plus.