Le grand raout de la soie

Des "routes de la soie" version XXIème siècle

Le président chinois Xi Jinping a lancé dimanche à Pékin un sommet international sur les "Nouvelles routes de la soie", qui ambitionne de cimenter les relations commerciales de Pékin avec l'Eurasie et l'Afrique. 

L'événement vise à ressusciter l'antique Route de la soie, qui acheminait à dos de chameau des produits de l'Empire du milieu vers l'Europe et vice-versa, à travers l'Asie centrale. La version 2017, promue par la Chine, consiste en une série d'investissements dans des projets ferroviaires, autoroutiers, portuaires ou énergétiques.

Ce sommet intervient alors que la Corée du Nord a procédé dimanche matin, quelques heures avant le début du sommet, à un tir de missile balistique, selon l'armée sud-coréenne, son premier depuis l'élection la semaine dernière du nouveau président sud-coréen.

Les dirigeants de 29 pays sont présents à Pékin pour l'événement, dont les présidents Vladimir Poutine (Russie) et Recep Tayyip Erdogan (Turquie), assis dimanche de chaque côté de Xi Jinping lors de la cérémonie d'ouverture.

Plusieurs centaines de journalistes chinois et étrangers étaient présents au Centre des congrès de Pékin, ultrasécurisé.

Le président de la deuxième économie mondiale s'est saisi de l'occasion pour apparaître une nouvelle fois comme le grand défenseur du libre-échange et de la mondialisation, au moment où l'Amérique de Donald Trump semble vouloir engager un tournant protectionniste.

"L'isolement conduit à l'arriération. L'ouverture est comme le combat d'une chrysalide qui sort de son cocon. Cela s'accompagne de souffrance, mais cette souffrance crée une vie nouvelle", a-t-il lancé.

Evoquant la mémoire de commerçants comme Marco Polo qui ont parcouru l'ancienne voie commerciale, Xi Jinping a affirmé que "l'esprit de la route de la soie est devenu un patrimoine grandiose de la civilisation humaine". 

"L'antique Route de la soie a fleuri en temps de paix mais a perdu sa vigueur en temps de guerre. La poursuite de l'initiative des Nouvelles routes de la soie requiert un environnement pacifique et stable", a plaidé le président chinois.

Les chefs des gouvernements espagnol Mariano Rajoy et hongrois Viktor Orban sont également présents à Pékin. Tout comme les Premiers ministres italien Paolo Gentiloni et grec Alexis Tsipras. Mais la plupart des dirigeants occidentaux n'ont pas fait le déplacement.

Au total, plus de 100 pays ont envoyé une délégation. La France est représentée par l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.

Les projets de Pékin

L'initiative des "Nouvelles routes de la soie", qui fait l'objet d'un sommet depuis dimanche à Pékin, est un ensemble de projets d'infrastructures destiné à consolider les relations commerciales de la Chine sur trois continents: Asie, Europe et Afrique.

Le projet, lancé en 2013 par le président Xi Jinping, est connu en Chine comme "La ceinture et la route": une ceinture terrestre qui relie l'Empire du milieu à l'Europe occidentale via l'Asie centrale et la Russie; et la route maritime qui lui permet de rejoindre l'Afrique et l'Europe par la mer de Chine et l'océan Indien.

Quelque 65 pays, représentant 60% de la population et environ le tiers du PIB mondial, participent à l'initiative qui s'accompagne d'investissements chinois massifs.

Xi Jinping a ainsi promis dimanche le versement de 100 milliards de yuans (13 milliards d'euros) à un fonds dédié au projet. Les banques chinoises vont par ailleurs accorder pour 380 milliards de yuans (50 milliards d'euros) de prêts, a annoncé le président chinois.

Voici quelques-uns des principaux projets:

- Trains -

Le rail relie désormais la Chine a une trentaine de villes européennes en moins de trois semaines, soit un mode de transport plus rapide mais aussi plus cher que la voie maritime.

En Asie, une ligne de 873 km de long doit relier la Chine à la côte thaïlandaise.

En Afrique, la Chine finance une ligne de 471 km au Kenya entre la capitale Nairobi et le port de Mombasa, sur l'océan Indien.

- Ports -

En Turquie, trois entreprises publiques chinoises ont racheté près d'Istanbul le troisième port du pays, Kumport, considéré comme un important point de jonction entre "la ceinture" et "la route".

Au Pakistan, le port de Gwadar, non loin de la frontière iranienne, sera relié à l'extrême ouest chinois après la rénovation de 500 km de route. Le port doit donner au commerce chinois un accès plus facile au Moyen-Orient que par la voie maritime du détroit de Malacca (entre Malaisie et Indonésie). Un nouvel aéroport international doit voir le jour à Gwadar. 

L'Inde proteste contre ce projet routier qui traverse une partie du Cachemire revendiqué par New Delhi.

- Parcs industriels -

Au Bélarus, la Chine construit un parc industriel high-tech à Minsk, le plus grand jamais construit à l'étranger par le géant asiatique.

Un projet similaire sort de terre à Kuantan en Malaisie pour l'acier, l'aluminium et l'huile de palme.

Pour tout savoir sur les projets en Afrique dans ce nouveau cadre, lisez notre chronique dans Le Monde : ici

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