Dossier : que veut l'Inde en Afrique ?

Un oeil au Sud, un oeil à l'Est

Le Premier ministre indien Narendra Modi s'est présenté comme "un ami de confiance" du Mozambique cette semaine au premier jour de sa tournée africaine destinée à renforcer l'influence économique de New Delhi face au grand rival chinois déjà bien implanté sur le continent.

Narendra Modi a donné le ton de sa visite - qui le conduira également en Afrique du Sud, en Tanzanie et au Kenya - en annonçant dès jeudi une série d'accords de coopération avec le Mozambique dans les domaines de la santé, l'agriculture, la défense et la sécurité.

"Les points forts du Mozambique correspondent aux domaines dans lesquels l'Inde a des besoins. Et ce dont le Mozambique a besoin est disponible en Inde", a déclaré le Premier ministre indien, après s'être entretenu avec le président mozambicain Filipe Nyusi.

"Nous serons un ami de confiance dans votre développement et un partenaire fiable pour assurer un avenir sûr pour nos populations", a ajouté Narendra Modi, premier chef de gouvernement indien à se rendre au Mozambique en 34 ans.

Ressources naturelles

Sa tournée africaine vise à améliorer les liens entre l'Inde et l'Afrique, avec la volonté d'accéder en particulier aux importantes ressources naturelles du continent comme au Mozambique, riche d'immenses réserves de gaz. 

Elle se focalisera notamment sur les hydrocarbures, la sécurité maritime, le commerce, l'agriculture, selon des responsables indiens. 

La présence indienne en Afrique est largement supplantée par celle de la Chine, dont les échanges avec le continent ont atteint 200 milliards de dollars l'an dernier, soit plus que le PIB combiné des 30 plus petits pays africains.

Mais l'Inde gagne du terrain grâce au secteur de l'énergie et sous la poussée d'entrepreneurs privés. Elle est désormais le sixième partenaire de l'Afrique du Sud, avec des échanges combinés de 5,3 milliards de dollars pour 2015-2016.

"L'Inde est la prochaine superpuissance, avec un taux de croissance annuelle de 7%. Nous espérons tous en Afrique que la demande indienne en matières premières alimentera le prochain boom des matières premières en Afrique", a expliqué jeudi à l'AFP Jakkie Cilliers, directeur de l'Institut des études de sécurité à Pretoria (ISS).

Passé colonial commun

L'avantage de l'Inde sur la Chine est que "l'Inde et l'Afrique ont en commun un passé colonial et un héritage, et de nombreux Indiens parlent anglais, tout comme de nombreux Africains", a-t-il encore souligné.

Le ministère indien des Affaires étrangères a de son côté minimisé la rivalité avec la Chine sur le continent. "L'Afrique est un continent immense. Elle a un besoin énorme de soutien au développement et de construction d'infrastructures. Tout le monde peut y trouver sa place", a dit Amar Sinha, haut responsable chargé des relations économiques au ministère indien des Affaires étrangères.

Diaspora indienne

Quelque 1,3 million de personnes d'origine indienne vivent en Afrique, une diaspora au rôle crucial dans le projet du Premier ministre indien de pousser les pions de son pays sur le continent. 

Comme l'Inde, Pretoria pousse également en faveur d'une réforme du Conseil de sécurité de l'ONU, ce qui en fait un allié naturel de New Delhi qui plaide de longue date pour obtenir un siège permanent. L'Inde et le continent africain hébergent un tiers de la population mondiale mais n'ont aucun siège permanent au Conseil.

En Afrique du Sud sur les terres de Xi Jinping

Après son étape au Mozambique, le Premier ministre indien arrive cette semaine en Afrique du Sud.

Le Premier ministre indien Narendra Modi s'est d'abord entretenu vendredi avec le président sud-africain Jacob Zuma, dans le cadre de sa tournée africaine, soulignant "les valeurs, souffrances et batailles communes" entre Delhi et Pretoria qui constituent un "socle solide" pour le commerce entre les deux pays. 
 

"Les échanges combinés (entre l'Inde et l'Afrique du Sud) ont augmenté de plus de 300% au cours des dix dernières années", a souligné le Premier ministre indien, après s'être entretenu vendredi avec Jacob Zuma dans la capitale Pretoria.

Les deux pays ont signé des accords dans le domaine des technologies de l'information et du tourisme, et exprimé leur volonté de travailler ensemble dans les mines, le secteur pharmaceutique et la défense.

L'Inde est actuellement le sixième partenaire de l'Afrique du Sud, avec des échanges combinés de 5,3 milliards de dollars pour 2015-2016.

Les deux pays entretiennent aussi des liens historiques étroits: Gandhi a vécu 21 ans en Afrique du Sud où il a fait ses premières armes de défenseur des droits de l'Homme.

"Nous nous sommes serré les coudes dans notre combat commun contre l'assujettissement racial et le colonialisme", a déclaré Narendra Modi. "Nos valeurs, nos souffrances et nos batailles communes représentent un socle solide pour notre partenariat stratégique", a-t-il estimé.

"Nos dirigeants comme Nelson Mandela et Mahatma Gandhi nous ont apporté la liberté politique. Maintenant il est temps de s'atteler à la liberté économique", a-t-il ajouté.

"L'Inde a fait campagne de façon virulente contre le colonialisme de l'apartheid",  a rappelé de son côté Jacob Zuma. 

Vendredi soir, Narendra Modi doit rencontrer la diaspora indienne dans un stade de Johannesburg, alors que l'Afrique du Sud abrite la plus forte communauté d'origine indienne en Afrique, soit 1,3 million de personnes.

Maison de Gandhi

Il est attendu samedi à Durban (est), où il se rendra dans la maison de Gandhi.

La présence indienne en Afrique est largement supplantée par celle de la Chine, dont les échanges avec le continent ont atteint 200 milliards de dollars l'an dernier. Mais l'Inde gagne du terrain.

"L'Inde essaie de rattraper la Chine, mais avec une approche très différente", a expliqué Jakkie Cilliers, directeur de l'Institut des études sécuritaires à Pretoria. "Ce n'est pas une approche étatiste, mais une approche conduite par le milieu des affaires", a-t-il souligné.

Categorie: